Tunisie : Tourisme, opération sauvetage

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أخر تحديث : samedi 16 mai 2020 - 10:25
Tunisie : Tourisme, opération sauvetage

Le secteur représente 10 % du PIB. Ses pertes s’élèveront à 5 milliards de dinars. Ses atouts lui permettront-ils de sauver la suite de l’année 

Moez Kacem plante le décor : « Nous traversons une crise atypique, nous n’avons jamais vécu ça. C’est colossal ! » Cet universitaire et expert international en tourisme précise que, « selon le World Travel & Tourism Council, l’impact sera cinq fois supérieur à celui qui a suivi la crise de 2008 ». « Toutes les crises que nous avons traversées précédemment étaient circonscrites dans le temps ou la géographie : le virus Ebola touchait l’Afrique de l’Ouest, les actes terroristes de 2015 en Tunisie furent ponctuels », poursuit l’analyste. La plus grande difficulté ? « L’absence de visibilité quant à la préparation ou la finalisation d’un vaccin ». Si la Tunisie obtient des satisfecit de la part de l’OMS pour sa gestion sanitaire, « cela n’a aucune valeur si ce n’est pas le cas en Algérie ». Les chiffres de l’industrie touristique sont « effrayants » : « l’industrie est à l’arrêt depuis que l’Europe a fermé ses frontières ». Hôtels fermés, avions endormis sur le tarmac : « On est quasiment à fonctionnement nul, même sur le marché interne. » Les pertes annuelles avoisineront, selon Kacem, « les 5 milliards de dinars ». Le ministre du Tourisme annonce 6 quand la Banque Centrale évoque 4

Neuf ans, quatre crises et trois résiliences

Il y a un an, sous le soleil estival de mai, Hammamet vivait, affichant souvent complet, la cohue dans la promenade de bord de mer. Aujourd’hui, les hôtels sont des paquebots qui gisent à flanc de Méditerranée. Seules les équipes de maintenance travaillent. Dans cette cité balnéaire, Mouna Allani Ben Halima est la PDG du Badira, hôtel catégorie luxe. L’établissement est fermé depuis le 17 mars. Il a rouvert du 20 avril au 4 mai pour accueillir 50 personnes mises en quarantaine. La situation est rageante tant « 2019 fut une année bénéficiaire pour une majorité écrasante des acteurs du secteur touristique ». Le secteur se remettait des trois attentats qui ont endeuillé la Tunisie en 2019 avec 9 millions de visiteurs, le record étant de10 millions en 2010. Patatras : le tour-opérateur Thomas Cook annonçait sa faillite le 23 septembre dernier, « laissant des ardoises dans une cinquantaine d’hôtels, parmi les plus prestigieux ». Le TO avait négocié à son avantage, à la suite de l’effondrement de la fréquentation, un retour à prix avantageux dans les meilleurs hôtels du pays : « Les impayés de Cook aux hôteliers se montent à 50 millions de dinars, aucun millime n’a été payé », poursuit Mouna Allani Ben Halima, également membre de la FTH, la Fédération tunisienne de l’hôtellerie

Objectif : réouverture le 11 juin

Si l’OMT prévoit un effondrement de 70 %, la Badira enregistre – 55 %. Avec ses 130 chambres et 280 employés en haute saison, il va devoir se reconfigurer pour satisfaire aux nouvelles normes. Un document listant la conduite à tenir est en cours d’élaboration par la FTH (Fédération tunisienne de l’hôtellerie) avec les ministères de la Santé et du Tourisme. Très exhaustif, il ordonne le protocole sanitaire à suivre dès la réouverture du secteur. Depuis l’arrivée aux frontières (aéroport, port, terrestre) jusqu’au départ du visiteur, tout est prévu du bus au restaurant, des plages aux hôtels. Pour Mouna Allani Ben Halima « désormais, une femme de chambre consacrera quarante-cinq minutes au lieu de trente pour nettoyer une chambre ». Les sanitaires publics devront l’être toutes les trente minutes. Elle estime qu’il lui faudra « 20 % d’effectifs en plus, 20 % de matériels en plus ». Des thermomètres à distance au prix de 1 500 dinars pièce sont nécessaires pour l’entrée du personnel, l’arrivée des clients, ainsi que pour le spa. Moez Kacem tempère cette analyse : « Il y aura des reconversions en interne, peut-être quelques saisonniers supplémentaires. » Les matières premières seront plus compliquées à obtenir. Un litre de gel hydroalcoolique coûte 14 dinars. Selon une étude de STR, le cabinet américain, c’est l’hôtellerie économique, à petits prix, qui reprendra en premier son activité. Ceux qui ont été confinés dans de mauvaises conditions durant deux mois iront vers des hôtels abordables.

La moitié des hôtels ne pourront pas verser les salaires de mai

L’arrêt du secteur depuis la mi-mars a siphonné les trésoreries de certains établissements. « 15 % d’entre eux n’ont pas pu régler les salaires de mars, 40 % ceux d’avril, ce sera 50 % en mai », prévient-elle. « L’État tunisien devrait mettre en place une ligne de financement de 500 millions de dinars pour sauver les emplois, préfigure Moez Kacem. Il faut que ce soit rapide et applicable facilement. » Il rappelle qu’en « 2015, au moment des attentats du Bardo puis de Sousse, l’État a décrété plusieurs mesures, mais une seule a pu être appliquée, les barrières administratives ont bloqué les autres ». Les agences de voyages sont durement éprouvées : « Elles doivent faire face au non-remboursement des billets d’avion par les compagnies aériennes alors qu’elles, agences, ont dû rembourser leurs clients. » Il note que « les banques font la sourde oreille, ne se comportent pas en père de famille, elles attendent un décret du gouvernement pour laisser de la marge à leurs clients, c’est décevant ». Dernier point : certains tour-opérateurs n’ont pas payé les mois de janvier-février

Les atouts du tourisme tunisien

Si personne n’est capable de prédire comment va se passer la saison, le début d’année était bon, plus 20 % sur les deux premiers mois , explique Moez Kacem. Il liste les points forts du pays pour « tenter de sauver la fin d’année ». Premier point : « la bonne gestion du Covid-19 par les autorités sanitaires, il faut le faire savoir ». Depuis six jours, le pays n’enregistre aucun nouveau cas, aucun décès. Il n’y aura eu en tout que 1 032 cas et 45 morts. Second atout dans le jeu tunisien : « une destination de proximité pour l’Europe ainsi que les pays riverains, l’Algérie et la Libye ». Il estime que « l’Union européenne doit englober la Tunisie et le Maroc parmi les destinations sûres ». Troisième atout : le protocole sanitaire qui va être mis en place par toute la filière pour que, « dès l’arrivée sur le sol et jusqu’à son départ, toute la chaîne de valeur respecte les consignes d’hygiène ainsi que les sanigestes ». Ils sont peu nombreux à penser qu’une reprise est possible en 2020. L’objectif de Moez Kacem :  éviter les faillites, aider les PME, sauvegarder les emplois, bref, protéger toute la chaîne de valeur jusqu’à ce que le monde entier reprenne sa vie normale 

Par  Benoît Delmas – lepoint.fr

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