France. À Aubervilliers, un nouveau camp de migrants grossit parmi les déchets

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أخر تحديث : vendredi 14 février 2020 - 8:11
France. À Aubervilliers, un nouveau camp de migrants grossit parmi les déchets

Après l’évacuation des campements du nord de Paris, certains migrants – primo arrivants et ceux remis à la rue après une courte « mise à l’abri » – se dirigent à présent vers Aubervilliers, juste à l’extérieur de la capitale, où des dizaines de tentes et d’installations de fortune sont plantées sur un terrain plein d’immondices

Quelques murmures s’échappent de certaines tentes. Sous d’autres, ça s’agite. Des occupants font glisser la fermeture éclair sur la toile, sortent de leur sac de couchage et chaussent, parfois, une simple paire de tongs qu’ils ont laissée dehors. À l’extérieur, au petit matin du vendredi 14 février, ils sont accueillis par une odeur nauséabonde. Au pied de leur lit de fortune, s’amoncellent des immondices : bouteilles en plastique, chaussures orphelines à moitié enfoncées dans la terre humide, papiers, gravats et objets en tout genre

Sheriff Amadou, 23 ans, a encore les yeux embués par le sommeil. Il se tient droit, mains dans les poches de son sweat à capuche et bonnet vissé sur les oreilles – ses seules affaires, dit-il -. « Je n’ai ni vêtements, ni argent », explique ce jeune homme originaire de la Sierra Leone et arrivé en France le 9 janvier dernier. Il y a quelques jours, je dormais dans le campement de la Villette qui a été démantelé. Après l’évacuation, je suis allé ailleurs, j’ai erré dans beaucoup d’endroits différents. Depuis trois jours, je suis là

Plus d’une cinquantaine de migrants ont trouvé un point de chute temporaire sur ce terrain vague situé sur la commune d’Aubervilliers, à une dizaine de minutes à pied de la porte de la Villette, dont le campement de migrants a été évacué le 4 février. Suite à cette évacuation, des dizaines de tentes ont fait leur apparition sur ce terrain niché entre le canal Saint-Denis et des immeubles résidentiels modernes. Elles sont venues grossir ce qui ressemble, depuis plusieurs mois déjà, à un mini bidonville. Des installations faites de palettes en bois, d’agglo, de bric et de brocs bordent ce terrain. Par-dessus ces sortes de cabanes, des couvertures, lestées de blocs de pierre attachés via de petites ficelles, ont été jetées, pour se protéger au mieux des fortes intempéries de ces derniers jours

Je préférais porte de la Chapelle

« Ici ça pue. Et à l’intérieur de la tente, je manque d’oxygène », dit Némat, un Afghan de 29 ans, qui vient de passer sa première nuit sur place, sous une tente lambda. Cela fait deux mois qu’il est en France. À son arrivée, cet ancien chauffeur dans la province afghane de Logar, une région menacée par les Taliban, a pris, comme beaucoup de migrants, la direction de porte de la Chapelle, campement aujourd’hui lui aussi démantelé. La Chapelle c’était mieux, estime-t-il. Il y avait tout là-bas : des médecins, des associations. Ici, il n’y a rien, que des déchets

L’isolement de ces personnes ainsi qu’un accès plus difficile aux soins étaient, selon les associations, une conséquence probable des évacuations et du renforcement de la présence policière près des portes d’entrée dans Paris. « Les migrants vont être contraints de se replier dans de petits campements éparts et seront donc encore plus précaires », indiquait déjà Corinne Torre, de Médecins sans frontières, à InfoMigrants fin janvier

Le terrain vague où se sont installés les migrants est rempli déchets qui attirent les rats la nuit. Photo : InfoMigrants

De fait, aucune structure gérée par des associations n’est présente à proximité de ce terrain. Pour manger et se laver, les migrants d’Aubervilliers doivent se déplacer. Dès leur réveil, plusieurs petits groupes d’hommes quittent le terrain pour se rendre aux points de distributions de nourriture organisées le matin par l’Armée du salut, à la porte d’Aubervilliers. Némat, lui, trimballe des affaires de rechange dans un sac en plastique bleu : il se rend à la halte assurée par l’Armée du salut, à porte de la Chapelle, à 25 minutes à pied, pour prendre une douche

Le jeune homme, qui est demandeur d’asile en France, a bien essayé de se réinstaller, comme avant, sous le périphérique, mais les forces de l’ordre l’en ont empêché

Les évacuations des campements du nord de Paris ont donné lieu à des opérations de « mise à l’abri », dans des centres ou des gymnases disséminés à travers la région parisienne. Nombreux pourtant dénoncent des opérations court-termistes n’offrant aucune solution concrète aux problèmes de ces migrants à la rue

Des tentes sont recouvertes de bâches pour lutter contre les intempéries. Photo : InfoMigrants

J’ai été envoyé dans un centre à Cergy après l’évacuation de porte de la Villette, assure Muse Adam, un Somalien de 60 ans, en France depuis un an et demi. « Après une semaine, ils m’ont remis à la rue. Je n’ai nulle part où aller. Pourtant je suis demandeur d’asile », clame-t-il en brandissant une liasse de documents prouvant sa situation. Même l’établissement Coallia (une association qui accompagne les demandeurs d’asile, NDLR), à Draveil, m’a viré. Alors, un ami m’a dit de venir ici

Besoin d’un réseau de solidarité

Parmi ceux qui se trouvent désormais à Aubervilliers, certains avaient refusé de monter dans les bus affrétés par les forces de l’ordre lors des démantèlements, car ils étaient incrédules quant à l’aide que cela pourrait leur apporter. Mais beaucoup sont, quant à eux, des primo arrivants sur le territoire français qui ont appris, via le bouche à l’oreille, la constitution de ce nouveau lieu, où les rats grouillent la nuit

Cela fait quatre jours que je suis en France, indique Zahor, un Yéménite de 23 ans coiffé d’un bonnet aux couleurs du drapeau français. « Je suis dubliné en Italie mais je n’ai pas voulu rester dans ce pays, beaucoup de personnes m’ont dit de venir plutôt à Paris. Je vois bien pourtant qu’ici c’est la misère, mais je garde espoir. Je n’ai pas d’autre choix que d’être patient. »

Le jeune homme raconte être passé par la Libye durant son parcours, où il a été emprisonné pendant trois mois et torturé, avant de parvenir à s’enfuir. « Quand j’étais là-bas, j’avais essayé de contacter le HCR, sans succès », se souvient-il. Zahor avait ensuite pris la mer sur une embarcation qui avait navigué durant deux jours entiers avant d’être secourue par le navire humanitaire Ocean Viking

Un migrants dans un nouveau campement à Aubervilliers, en périphérie de Paris, vendredi 14 février. Photo : InfoMigrants

Bahador veut lui aussi être optimiste. Son jean et ses baskets sont encore propres : il s’est installé à Aubervilliers il y a quelques jours seulement, comme Zahor. À 30 ans, il vient tout juste de rejoindre le pays pour lequel il a quitté l’Afghanistan il y a neuf mois. « En Afghanistan, j’étais garde du corps pour des soldats américains. J’ai reçu des menaces. Ma femme et mes enfants sont toujours là-bas. L’idée est qu’ils me rejoignent plus tard. Mais dans la situation actuelle je n’arrive pas à faire de projets », dit-il en désignant le terrain vague

Ainsi repoussés à l’extérieur de la capitale, ces migrants se retrouvent désormais directement sous les fenêtres de riverains. « Ces personnes sont évacuées mais elles reforment des camps aussitôt parce qu’elles ont besoin de leur réseau de solidarité », affirme une habitante du quartier, qui souhaite rester anonyme. « Et les voilà qui vivent sur un véritable dépotoir. Ce qu’il faut, ce n’est pas les évacuer, mais leur donner un accompagnement digne de notre République. Il ne faut pas les invisibiliser ». Cette riveraine faire partie d’une « poignée » de voisins qui tentent d’apporter leur soutien – via le partage de soupe de légumes – à cette population. « La majorité des habitants sont plutôt effrayés par leur présence », dit-elle

D’autres, en effet, assurent avoir déjà adressé plusieurs pétitions à la mairie d’Aubervilliers, pour dénoncer cette occupation sauvage

infomigrants.net

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