Entretien – Juan Guaido : Maduro exerce le pouvoir de manière sadique

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أخر تحديث : samedi 25 janvier 2020 - 4:04
Entretien – Juan Guaido :  Maduro exerce le pouvoir de manière sadique

Entretien. Depuis un an, le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne tente d’évincer Nicolas Maduro. Nous l’avons rencontré lors de sa visite à Paris

Il y a un an, le 23 janvier, Juan Guaido, tout juste élu à la tête de l’Assemblée nationale vénézuélienne, s’appuyait sur un article de la Constitution qui le désignait comme président par intérim en cas de vacance de pouvoir. À l’issue d’une élection présidentielle en mai 2018 considérée comme frauduleuse et illégitime par l’opposition et une grande partie de la communauté internationale, le chaviste Nicolas Maduro a été réélu. Dans la foulée, Guaido a été reconnu président par une cinquantaine de pays, dont la France parmi les premiers

Un an plus tard, son bilan est maigre : il n’a pas réussi à déloger Maduro du pouvoir, et le 5 janvier, celui-ci a tenté d’empêcher sa réélection à la tête de l’Assemblée en lui bloquant tout simplement, à lui comme à ses partisans, l’accès au Parlement. Il a tout de même été réélu, mais la répression est féroce. Bravant l’interdiction de sortie de territoire qui lui est appliquée, il est sorti par la Colombie en début de semaine pour rendre visite à Ivan Duque, président du pays qui accueille la majeure partie des réfugiés vénézuéliens.

Il a ensuite rejoint l’Europe, où il a parlé, à Davos, devant une salle clairsemée, et a été reçu, entre autres, par Boris Johnson. Vendredi soir, il a rencontré Emmanuel Macron. Le résultat de sa tournée européenne semble faible, les dirigeants n’ayant pas décidé de mesures concrètes pour l’aider. Le cycle des révoltes régulières qui, au Venezuela, tentent sans succès de démettre le pouvoir chaviste est-il en train de se reproduire ? Juan Guaido a-t-il encore une chance d’arriver à ses fins ? Entretien à Paris

Le Point : Quel a été le résultat de votre conversation avec Emmanuel Macron 

Juan Guaido : Il s’agissait, tout d’abord, d’établir des relations plus proches, ce qui est important dans ce contexte. Prendre la mesure de la tragédie vénézuélienne n’est pas simple, si on ne la voit pas. Le fait qu’on n’ait pas d’eau tous les jours, pas d’électricité, pas d’État de droit… Ce qui se passe au Venezuela est presque incroyable. Il s’agissait de lui donner des informations de première main sur la situation et l’urgence pour nous de trouver d’autres solutions, d’obtenir des élections libres, pour ouvrir la porte au changement. Nous avons parlé de ce que nous pouvons faire. Le président Macron l’a dit dans un tweet : il s’agit d’appliquer plus de pression sur la dictature, et de répondre aux urgences humanitaires. Pas seulement au Venezuela, mais aussi en Colombie, en Équateur, au Pérou, dans les pays qui ont reçu la plus grande part de la diaspora, des réfugiés, qui sont 5 millions, selon l’Organisation des États américains. Il s’agissait de penser à comment appliquer de la pression sur le gouvernement, de la meilleure façon

Vous avez parlé, vendredi soir, à la Maison de l’Amérique latine, de l’or du sang, extrait illégalement du Venezuela

Il y a quelques années, on parlait des diamants du sang. Au Venezuela, c’est l’or qui peut être qualifié ainsi. Par ailleurs, les populations indigènes sont déplacées, il y a un écocide en cours en Amazonie, le plus grand de la planète, nous en avons parlé avec le président Macron. On a parlé de la diminution des émissions de CO2, mais dans le cas du Venezuela, c’est beaucoup plus basique que ça : on parle de déforestation, de techniques nocives et irréversibles pour les mines. En Amazonie, les fleuves sont empoisonnés, nos peuples aborigènes sont tués. Nous avons aussi parlé de la nécessité de préserver la dignité humaine au Venezuela, et la France peut jouer un rôle très important dans ce domaine

Les dirigeants européens ont décidé de ne pas appliquer de nouvelles sanctions. Finalement, quel est le résultat concret de cette visite en Europe 

Nous avons parlé de sanctions contre les criminels (du pouvoir en place, NDLR), individuelles. Et aussi, du partage d’informations. Comme, en France, il y a un État de droit, nous allons mieux communiquer sur l’identité de ceux qui violent les droits humains, des corrompus qui détournent l’argent vénézuélien et s’enrichissent grâce à l’or du sang, pour financer les groupes irréguliers et le para-État. Le produit de la vente de cet or entre au Venezuela en liquide, en euros. Ce qui génère par ailleurs une énorme inégalité entre Vénézuéliens. Parce que l’économie s’est dollarisée, de fait, et on utilise aussi l’or. Dans l’État de Bolivar, on paie en or et à Caracas, en dollars. Ce qui se passe est très primitif, cela ne répond à aucune logique politique. Ceux qui ont une source de devises peuvent survivre. Mais plus de 75-80 % de la population n’a pas accès à des monnaies fortes. Ils gagnent leur vie en bolivars et touchent l’équivalent de 3,5 dollars par mois, pour un professeur. Il y a vingt ans, le pouvoir chaviste parlait de justice sociale. Mais c’est un gouvernement criminel, qui utilise le peuple. Il essaie de le diviser, pour l’opinion internationale, alors que ce n’est plus une question d’idéologie, mais de droits fondamentaux, de droit à la vie

Nous nous sommes vus le 8 février 2019, il y a presque un an, à l’Université centrale du Venezuela. Les jeunes filles vous criaient « Juan, je t’aime ! » dans l’auditorium, vous aviez une cote de popularité de 61 %, elle est descendue à 38 %. Qu’est-ce qui s’est passé ? Les gens se sont-ils lassés ? Ont-ils perdu l’espoir 

Ce serait plutôt 39-41 % aujourd’hui… Ce qu’il faut voir, c’est que le 4 janvier (2019, NDLR), j’étais à 0,3 %. Nous avons recueilli un soutien important à partir de rien. J’ai toujours une majorité solide. C’est très frustrant, nous faisons face à l’ELN, à des dissidents des Farc, à des groupes de civils armés, à un régime sans scrupule… Et nous avons sous-estimé la capacité du régime à faire le mal, cela s’approche du fascisme, l’extrémisme. Mais, aujourd’hui, en plus des partis politiques, nous avons intégré les syndicats, les églises qui jouent un rôle important au Venezuela. En sachant qui nous avons en face. Le 15 janvier, pour accéder au Parlement, nous avons dû affronter, non pas l’armée, mais des paramilitaires qui ont tiré sur ma voiture. Le jour où nous manifestions avec les professeurs. Comme si ça ne suffisait pas, ils nous ont lancé des excréments. La dictature est dans une logique de mafias, de criminels. Ces difficultés nous donnent une deuxième chance de continuer le processus. Quant aux chiffres auxquels vous faites allusion, ils sont toujours huit à dix fois plus élevés que ceux du dictateur. Nous voulons que cela change maintenant

Mais l’an dernier, vous disiez que la chute de Maduro était une question de jours et, aujourd’hui, non seulement il est encore là, mais en plus, vous avez du mal à occuper votre fonction légale de président de l’Assemblée nationale. Maduro semble plus solide que jamais. Quelles sont les prochaines étapes 

Maduro n’est guère plus que le maire de Fuerte Tiuna (cité militaire de Caracas, NDLR). Quel a été son dernier acte de gouvernement ? Il ne gouverne pas, il exerce le pouvoir comme un dictateur. Il est enfermé entre son palais de Miraflores et Fuerte Tiuna. Parfois, il a des cérémonies officielles à huis clos, pour se donner une image de dirigeant. Je ne sais pas s’il a inauguré une école récemment, ou des travaux… Mais il ne contrôle pas l’économie. Il parle de sa force, mais il en a essentiellement pour tenter de me tuer et mettre en prison ceux qui luttent sans armes, par la non-violence. C’est sa seule force. Pour le reste, il reconnaît qu’il ne contrôle pas l’économie, ce n’est pas comme s’il avait dit : « Nous allons dollariser l’économie.  » C’est une situation de fait, qui s’est imposée à lui. Imaginez que le président de la France dise : « À partir de maintenant, nous allons utiliser le dollar parce que l’économie nous a échappé » ! Il n’y a pas de contrôle. Et à la frontière, quelle zone contrôle-t-il ? Aucune. Donc, je ne le vois pas au pouvoir, mais retranché

C’est tout de même lui qui occupe le pouvoir, qui attribue les visas d’entrée dans le pays, par exemple, pas vous 

Il l’exerce, de manière sadique. Mais il ne contrôle rien. À tel point qu’il est obligé d’utiliser les groupes paramilitaires. Le 5 et le 7 janvier, nous avons réussi à entrer au Parlement et c’est pour ça qu’il les a envoyés. Je ne pense pas qu’il ait quelque pouvoir que ce soit, à part celui, de fait, de n’importe quel criminel qui entre chez vous avec une arme. C’est pour cela que nous demandons l’aide du monde. Nous avons la majorité, nous poursuivons notre lutte, qui n’est pas une question d’idéologie, mais de droits fondamentaux. Aujourd’hui, le Venezuela ne ressemble plus tant à Cuba qu’à la Syrie, avec 5 millions de réfugiés, une contraction de 25 % du PIB, 7 millions de personnes en situation d’urgence humanitaire, 3,5 dollars par mois, pas d’accès aux services de base, 83 % des foyers sans eau courante régulièrement… Voilà l’urgence dans laquelle nous nous trouvons et pour laquelle nous demandons le soutien de la France et du monde

Votre programme a toujours été « fin de l’usurpation, gouvernement de transition, élections libres ». Finalement, aujourd’hui, vous demandez des élections, qui deviennent la première étape. En négociant 

Sans fin de l’usurpation, il ne peut y avoir d’élections libres. Nous avons négocié en République dominicaine en 2018, puis en 2019, la dictature a bloqué cette possibilité. Mais pour des élections libres, nous avons besoin de certaines conditions. L’idée est de les obtenir en rétablissant les institutions, un conseil national électoral transparent… mais avec Maduro, ce serait quasi impossible

?Comment les obtenez-vous 

Par la pression. Ils ne vont pas avoir une illumination. Ce pouvoir qui est allé jusqu’à tuer Fernando Alban (député dont le gouvernement dit qu’il s’est jeté par une fenêtre de la prison des services de renseignements, en octobre 2018, NDLR), à nous persécuter, à prendre le Parlement grâce à l’armée, ne va pas le faire volontairement. Donc, c’est important que le monde fasse pression

Il y a eu des cas de corruption dans vos rangs, des députés que vous avez démis. Comment communiquez-vous avec votre base pour la rassurer ? Comment vous assurez-vous que cela ne se reproduira pas 

C’est intéressant, parce que ces cas, que nous avons dénoncés, sont précisément ceux qui sont complices de la dictature aujourd’hui (Luis Parra, l’un des députés écartés, est celui qui a été élu à la tête du Parlement grâce aux voix chavistes, NDLR). Il est clair qu’il y avait une intention. Nous avons une ligne très claire de lutte pour la transparence, pour rendre des comptes. Le niveau de corruption au pouvoir a été énorme, 300 milliards de dollars qui ont disparu (depuis 1999, selon les chiffres de l’Assemblée nationale d’opposition, NDLR), mais la différence, c’est que nous avons réagi rapidement. Et nous ne tolérerons pas ce genre de comportement

Propos recueillis par Claire Meynial

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