#Algérie : l’arrestation de deux ex-Premiers ministres dévoile l’étendue de la corruption

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أخر تحديث : vendredi 14 juin 2019 - 4:28
#Algérie : l’arrestation de deux ex-Premiers ministres dévoile l’étendue de la corruption

En l’espace de 48 heures, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ont été présentés devant la Cour suprême et incarcérés à la prison d’El Harrach, dans la banlieue d’Alger

Ahmed Ouyahia, plusieurs fois Premier ministre (2003 à 2006 puis de 2008 à 2012), secrétaire général du RND (parti pro-pouvoir), ancien chef de cabinet à la Présidence de la République, comparaissait ce mercredi 12 juin devant la justice pour « octroi d’indus avantages dans les marchés et contrats publics, dilapidation de deniers publics, abus de fonction et conflit d’intérêts ». Suite à une longue audition, le juge d’instruction à la Cour suprême ordonne sa mise en détention provisoire. L’information a créé une onde de choc et de satisfaction dans l’opinion : le Premier ministre des années Bouteflika n’avait cessé de dénigrer le mouvement populaire pacifique né le 22 février pour dénoncer le maintien au pouvoir de Abdelaziz Bouteflika. « En Syrieaussi, cela a commencé avec des fleurs », avait-il alors déclaré devant les députés

Nouvelle offensive judiciaire

Au moment de son incarcération à la prison d’El Harrach, des Algériens ont manifesté leur joie, certains brandissant ou jetant sur le fourgon le transportant en détention des pots de yaourt : on lui prête d’avoir reproché par le passé aux Algériens qu’ils vivaient au-dessus de leurs moyens, disant qu’ils pouvaient se passer par exemple du yaourt ! Impopulaire, se qualifiant lui-même d’« homme de sales besognes », Ouyahia cristallisait la colère des Algériens contre le pouvoir. Là, il vient d’aggraver son cas avec ces affaires de corruption

Le lendemain, c’est au tour d’Abdelmalek Sellal, ex-Premier ministre (de 2014 à 2017), ancien directeur (trois fois) de la campagne du candidat Bouteflika, de suivre le même chemin emprunté la vieille par Ouyahia de la Cour suprême à la prison d’El Harrach. Poursuivi pour les mêmes charges qu’Ouyahia, cet ancien homme de confiance du clan Bouteflika tombe lui aussi pour ses liens avec les milieux des affaires. Depuis le début du mouvement populaire, l’armée, par la voie de son patron, Ahmed Gaïd Salah, ne cesse de « suggérer » à la justice de s’attaquer aux oligarques qui se sont enrichis sous le règne de Bouteflika ; plusieurs d’entre eux, comme Ali Haddad, les frères Kouninef et tout récemment Mahieddine Tahkout, réputé proche justement d’Ahmed Ouyahia

D’ailleurs, selon le parquet d’Alger, ce sont pas moins de douze hauts fonctionnaires, dont des ministres et deux ex-préfets, qui sont visés par des enquêtes préliminaires pour des affaires de corruption et d’abus de fonction. Deux sénateurs du tiers présidentiel, Said Berkat (ancien ministre) et Djamel Ould Abbes (ex-patron du FLN et ancien ministre) viennent de renoncer à leur immunité parlementaire, car ciblés eux aussi par des enquêtes similaires

Scènes de joie et règlement de comptes

Cela fait des années que j’attends ce moment , lâche en un souffle une source sécuritaire. Elle explique que des centaines d’enquêtes visaient de hauts responsables et leurs acolytes dans le milieu des affaires, des milliers de pages de dossiers explosifs déposés chez des magistrats qui n’attendaient que le feu vert des décideurs politiques de l’époque, le cercle des Bouteflika. « Nous avions commencé, à l’époque de Tebboune, à espérer. Nous avions confiance en lui », poursuit-il. Abdelmadjid Tebboune, Premier ministre qui a eu le mandat le plus court de l’histoire de la jeune république (deux mois et 21 jours, du 25 mai au 15 août 2017), avait surpris son monde en annonçant devant le Parlement qu’il allait s’attaquer aux forces de l’argent devenues toutes-puissantes. « L’État, c’est l’État. L’argent, c’est l’argent. Chaque citoyen est libre de s’engager dans les affaires, la politique ou même les deux, mais pas à la fois. Nous allons œuvrer à la séparation entre l’argent et le pouvoir », avait-il déclaré, créant un vent de panique dans le milieu des affaires. Mises en demeure et enquêtes se sont succédé très vite. Tebboune savait que sa mission était dangereuse, car les compromissions remontaient aux plus hautes sphères de l’État : dès le 2 juillet 2017, il signe une directive urgente chargeant ses ministres de faire le point sur tous les marchés passés en gré à gré par les ministres du gouvernement de son prédécesseur Abdelmalek Sellal. Il a créé une Inspection générale au sein même du Premier ministère chargée de tout passer au crible et d’assurer un « contrôle minutieux des finances publiques notamment les marchés nécessitant des fonds conséquents », selon Tebboune. « Plus que la corruption en elle-même, certains hommes d’affaires se conduisent comme des ministres, s’invitent au bureau du Premier ministre à leur guise, imposent des décisions et des nominations : ils deviennent un nouveau pôle du pouvoir à part entière », précise notre source sécuritaire

La justice enfin en branle

Mais une féroce campagne est menée par les oligarques qui « arrivent à intoxiquer le cercle des Bouteflika, leur faisant croire que Tebboune ne sert pas l’État mais ses propres desseins pour devenir président », selon nos sources. « Tebboune doit partir. Ce n’est pas à lui de nous dire ce qu’on doit faire. C’est à nous de lui dire ce qu’il faut faire (…) Il est tombé entre mes mains, et je ne suis pas un gars facile », disait alors l’homme d’affaires Ali Haddad lors d’une réunion restreinte. Démis de ses fonctions, Tebboune sera remplacé par Ahmed Ouyahia, alors chef de cabinet à la Présidence de la République. Ses premières mesures ? Libérer le marché chaotique de l’importation que Tebboune voulait réguler et dissoudre l’Inspection générale du Premier ministre ! Et l’un des premiers à l’avoir félicité ? Ali Haddad, alors patron des patrons, lui envoie une lettre de congratulation se disant disponible pour travailler avec Ahmed Ouyahia et l’ensemble des institutions de la République

Aujourd’hui, différents services d’enquêtes ont pu remettre de nouveaux dossiers, les instructions vont beaucoup durer et toucheront encore d’autres pontes du système, assure-t-on côté judiciaire. Le 22 février, la chute de Bouteflika, et le soutien de l’état-major ont radicalement la donne, par centaines aussi, des citoyens s’approchent des parquets pour déposer des dossiers, des preuves dénonçant le fait qu’ils ont été spoliés par des hauts fonctionnaires… Mais cette impressionnante campagne est-elle garante d’une véritable justice ? Celle qui laisse mourir un détenu politique comme fut le cas avec Kamel Eddine Fekhar ? Les autorités tentent d’expliquer, en off, que les « dérives » qui marquent toujours le fonctionnement de la justice sont des « avatars de l’ancien régime » et que « la justice s’est libérée des injonctions ». « La priorité, c’est de punir ceux des responsables qui ont livré l’État à des hommes d’affaires », soutient une source : le reste suivra

Par Adlène Meddi – Lepoint.fr

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